Une évolution de taille dans la pensée frontiste. Muré dans un bunker idéologique, les leaders de l’ancien parti au pouvoir ont toujours soutenu que la Côte d’Ivoire n’avait de compte à rendre à personne et que les affaires ivoiriennes se réglaient en terre ivoirienne. Mais, voilà, qu’ils semblent avoir compris que cette philosophie n’était pas opérante.
Maintenant, ils sortent du pays et font la cour à cette même communauté internationale qu’ils ont vouée aux gémonies une décennie durant. Ils ont récemment eu des audiences avec des fonctionnaires de l’Elysée et du Quai d’Orsay. On note aussi des rencontres bilatérales avec des partis politiques de seconde zone, en France, en Italie, aux Pays-Bas et en Suède. A la clé, il y a eu un communiqué de presse saluant cette tournée qui a mobilisé, du 06 novembre au 1er décembre dernier, la Direction du FPI. Le parti de Laurent Gbagbo a donc décidé de s’ouvrir et, pour ainsi dire, briser le mur d’isolement qui le faisait vivre, depuis des années, en paria dans la communauté des partis politiques du monde. Comme annoncé à la manchette de tous les tabloïds pro-Gbagbo, le président du FPI et ses collaborateurs ont parcouru les cercles d’influence et de décisions. On les a beaucoup entendus surtout dans les médias comme Radio France internationale. Cette présumée offensive diplomatique de repositionnement a vite pris les allures d’une campagne médiatique d’intoxication destinée à souiller le régime d’Abidjan dont les résultats de la gestion économique, sont indéniables.
Mais, le parti dirigé aujourd’hui par Miaka Oureto, n’a vraiment pas de chance. Au moment même où ses responsables se trouvent en France pour remuer ciel et terre et chanter que Ouattara est le pire des chefs d’Etat africains à la tête d’une grande dictature, le gouvernement français, censé se laisser séduire, n’a pas succombé aux chants des sirènes de la manipulation. Samedi dernier, en effet, ce sont deux de ses ministres qui se sont déplacés à Abidjan. En dépit de quelques inquiétudes sur le plan politique, nées de la lenteur du processus de réconciliation nationale ou des cas présumés de violation des droits de l’homme relevés ça et là par les ONG, Paris affiche son soutien franc à Abidjan. Pierre Moscovici, ministre de l'Economie et son homologue du Développement, Pascal Canfin, ont signé le premier Contrat Désendettement-Développement ou C2D qui marque un appui de la France aux autorités ivoiriennes.
C’est un grand pas qu’il faut lire et savoir décoder, au double plan économique et politique. Cela est incontestable, on peut le dire, l’élan est surtout économique. Le montant du premier C2D représente 17 % du budget de la Côte d’Ivoire l’année prochaine. Ce contrat porte sur 630 millions d’euros, environ 415 milliards de francs CFA, sur le long terme (sur 15 à 20 ans). Cela fait beaucoup d’argent qui ne manquera pas de booster l’économie ivoirienne, laquelle a déjà été encouragée par une visite, il y a quelques semaines, d’une soixantaine d’entreprises françaises sous la houlette du Medef.
Au plan politique, le Gouvernement français donne là un message clair « aux négateurs patentés des évidences», comme appelle le Président Bédié, ceux qui refusent de voir la vérité en face. Ailleurs, quand les deniers publics sont mal gérés et que les perspectives de développement sont sans visibilité, les aides sont gelées sinon annulées. Là, ce n’est pas le cas. En tout cas, plus que tous les autres partenaires bilatéraux de notre pays, la France se montre solidaire du peule ivoirien. Initié par le Président Nicolas Sarkozy, ce contrat a été achevé par un gouvernement socialiste, avec qui le régime de Ouattara n’entretient que des liens hérités de l’histoire entre le pays et l’ancienne puissance colonisatrice. A priori, il n’y a rien qui puisse faire dire que Ouattara bénéficie d’un traitement de faveur. Dès lors, on en revient même à se demander si le travail de sape entrepris par le FPI n’est pas un vrai fiasco.
Ce qui n’est pas faux par contre, c’est que le FPI a eu face à lui, des interlocuteurs qui voulaient comprendre plutôt que de se laisser attendrir par une victimisation sans bornes. L’Histoire est encore récente dans les esprits. C’est la réalité d’un parti politique dont certains leaders sont privés de leur liberté de mouvement, partagés entre les prisons nationales et les geôles de la CPI. Un parti qui a allègrement surfé sur les vagues tumultueuses de la xénophobie et de l’Ivoirité pour se maintenir au pouvoir sans élections pendant cinq ans et, qui plus est, a refusé de se soumettre au verdict des urnes, provoquant une crise militaire qui s’est soldée par plus de 3000 personnes tuées. Toutes pratiques qui ont amené ses parrains occidentaux à le lâcher. Jugeant ses leaders, tantôt «d’extrémistes» tantôt de «dictateurs infréquentables». Ce qui a conduit à la mise au ban du FPI et à son exclusion de l’Internationale socialiste. Devenu «infréquentable», aux yeux des socialistes français qui avaient parrainé son entrée dans le concert mondial, le FPI traîne depuis, comme un boulet, cette réputation très peu honorable.
Il n’a donc pas fini de solder ses comptes avec ses camarades dont il a trahi la confiance. C’est sur ce terrain que la communauté internationale attend Miaka Ouretto et ses camarades. Vouloir manipuler les faits et tronquer la réalité d’une Côte d’Ivoire désormais engagée sur les rails de la démocratie, c’est faire fausse route. Pour l’heure, il est attendu du FPI qu’il repense son opposition pour mener, légalement, le combat contre les excès et autres dérapages, immanquables, du régime en place. Surtout, qu’il ramène à la raison ses miliciens qu’il a armés et qui attaquent lâchement les positions de l’armée nationale. En fin de compte, les frontistes doivent accepter que la construction d’un Etat de droit dans lequel les ivoiriens vivent réconciliés, ne peut se faire dans la promotion de l’impunité
PAR Charles Sanga