Jeudi 28 Aout 2008
   Editorial    Publié le: 06/07/2008
Indécisions et contradictions
Un pavé dans la marre du processus électoral, plutôt tranquille ces derniers mois. L’Institut national de la statistique (INS) et l’Office national d’identification (ONI) ont donné de la voix de manière très fracassante.
Le Directeur général de l’INS, Meleu Mathieu, recevant jeudi dernier, la Convention de la société civile sur le processus électoral, s’est prononcé après un long silence, sur la question de l’identification. «Sagem-Sécurité va toucher 66 milliards de FCFA et la convention complémentaire est en plus évaluée à 9 milliards de FCFA. Aujourd’hui, il se pose un problème de délai, car je ne suis pas en mesure de dire la durée de l’enrôlement et de l’identification. Et je ne suis pas en mesure de dire si le délai du 30 novembre sera respecté. Il faut voir la Sagem avant d’être situé», a-t-il laissé entendre. Simple chagrin? Certainement pas. Une lamentation? Pas tout à fait. Alors, rancœur ou amertume? Tout à la fois. Les propos tenus par le patron de l’INS sont, du reste, symptomatiques de l’état d’esprit entre les différents acteurs du processus d’identification. D’une part, la Commission électorale indépendante qui, sûre de son statut de maître d’œuvre de l’ensemble du processus, est beaucoup avancée dans les préparatifs. D’autre part, les deux opérateurs techniques, la Sagem et l’INS se comportent comme deux ennemis condamnés à travailler ensemble.
Enfin, il y a l’Office national d’identification et la Commission nationale de supervision de l’identification (CNSI) se trouvant au milieu, éléments flottants sans véritable rôle. Dans un tel contexte, peut-on avancer dans le processus d’identification pouvant conduire à des élections? Il y a méprise. La faute originelle réside dans la confusion des rôles savamment entretenue par les différents textes et Décrets présidentiels. Nous vivons, encore une fois, les égarements commis par la communauté internationale dans le traitement du dossier ivoirien. Il y a eu, en premier lieu, l’indécision des Nations Unies, notamment, leur incapacité à assumer les directives du Conseil de sécurité. En deuxième lieu, sans aucun doute, les hésitations d’une France, incapable de se décider face à un Laurent Gbagbo qu’elle soupçonnait de vouloir réduire à néant tous ses investissements en Côte d’Ivoire. Des textes ont été pris mais, dans le mécanisme institutionnel, une partie de l’opinion ivoirienne les percevait comme de la provocation. Une diplomatie clair-obscur a fait se côtoyer, simultanément, la Constitution avec les Accords politiques et les Résolutions, la Parlement avec le GTI, des Premiers ministres aux «pleins pouvoirs» avec le chef de l’Etat «élu». La Communauté internationale a refusé d’assumer. Le résultat est que la Côte d’Ivoire a tourné en rond pendant cinq ans jusqu’à ce que soit paraphé l’Accord politique de Ouagadougou.
Sous nos yeux, se dessinent les mêmes agissements. En effet, il y a quelques jours, l’ONI et l’INS, sans que rien ne les y autorise, ont passé des communiqués dans quelques journaux triés sur le volet, contrariant toutes les directives données par la CEI dans le cadre de l’opération de recrutement du personnel électoral. Personne, du moins, très peu d’Ivoiriens en ont fait cas. Tout cela, convenons-en, fait désordre et cacophonie.
D’ailleurs, et si Meleu Mathieu dont on sait qu’il n’a jamais caché sa sympathie, mais aussi son activisme politique au profit du FPI, était en mission? Et s’il n’était qu’une marionnette agitée depuis la maison bleue de la rue Louis Lumière pour faire passer un message? Celui du refus. Une chose est sûre, les prises de position de l’INS et de l’ONI sont plus qu’une simple question de positionnement d’une structure par rapport à une autre. Il s’agit là, avant tout, du contrôle en amont du processus électoral. Car, le FPI le sait: qui maîtrisera, où contrôlera l’identification et le recensement électoral aura la chance de triompher au soir du 30 novembre. A 146 jours de la date du premier tour du scrutin, nous en sommes encore aux professions de foi et aux engagements verbaux quant à l’amorce de la dernière ligne droite. Déjà, la CEI, selon le propre chronogramme simplifié qu’elle a transmis aux leaders politiques, membres du Cadre permanent de concertation (CPC) et sur la base duquel ils se sont engagés à «vendre» le 30 novembre, accuse deux mois de retard. Comment le scrutin peut-il se tenir à cette date si le Directeur général de l’INS continue de faire preuve d’une aussi grande mauvaise foi en ressassant, continuellement, le passé. Il n’est pas content. Et avec lui, ceux qui l’ont mis en mission. Cela reviendrait à dire que Laurent Gbagbo et son clan n’acceptent toujours pas le rôle de la CEI et de la Sagem dans le processus électoral. C’est un pas. Mais un grand pas en arrière, avant Ouagadougou et même Pretoria II. Il revient donc de remettre les choses en place, de demander à l’INS et à l’ONI de rentrer dans les rangs en évitant des prises de position intempestives qui ne pourront qu’inquiéter les Ivoiriens. Mieux, il convient de redéfinir ou de repréciser leur rôle afin de prévenir un couac plus préjudiciable au processus. On le sait, le diable est dans les détails. Or, au FPI, la mauvaise foi est la chose la mieux partagée
PAR CHARLES SANGA


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