Le rideau est tombé sur la 27ème édition de la CAN Orange 2010. Le roi égyptien est reparti avec sa couronne comme il était venu. Plus solide que jamais et en ayant réussi un nouveau record. Celui de remporter pour la septième fois le précieux bijou, objet de tant de convoitises. Pour la troisième fois consécutive s’il vous plaît. Mais au moment où l’Angola s’apprêtait à lancer un ouf de soulagement, la CAF avant la finale, on ne sait pour quelle raison, a allumé un foyer de tension. Ce qui désormais est devenue l’ « affaire Togo » a pris une autre tournure lorsque le week-end dernier, la Confédération d’Issa Hayatou a décidé de suspendre le pays de Sylvanus Olympio des deux prochaines CAN. Le prétexte est que le Togo s’est rétiré de la compétition à Cabinda après le mitraillage de son bus qui a fait deux morts.
Deux morts, deux CAN
Sans se laisser émouvoir par les larmes du peuple togolais qui pleurait la disparition de deux braves fils tombés sous les balles des séparatistes du FLEC, au moment où le bus qui transportait l’équipe nationale de football venait de traverser la frontière terrestre entre le Congo et l’Angola. Choquée et traumatisée par cette attaque, la délégation togolaise avait dans un premier temps décidé de rentrer à Lomé. Avant que les joueurs et leur capitaine, Emmanuel Adebayor, ne se ravisent après une réunion. L’Epervier de Manchester City et ses équipiers voulaient commémorer la mémoire de leurs deux disparus et des blessés sur les stades angolais. Mais Lomé y a opposé son véto. Le gouvernement togolais, qui a affirmé ne pas avoir été soutenu par la CAF, a décidé de rappeler son équipe. Surtout que, selon Lomé, la CAF la tiendrait responsable de ce qui était arrivé au bus togolais sous le prétexte que le Togo devait rallier Cabinda par avion et non par la route. Cette sortie de la CAF aurait été l’élément aggravant qui a effarouché les autorités togolaises. La suite, on la connaît. Les Eperviers du Togo sont rentrés sans disputer le moindre match. La CAF a pris acte de leur absence et a maintenu son calendrier en l’état. Et pour certainement rester dans la logique de ses textes, a décidé, après l’assemblée générale ordinaire du vendredi, de punir l’équipe du Togo au prix fort. Comme le Nigeria en 96 et 98, le Togo sera interdit de prendre part aux CAN 2012 et 2014. Pourtant, présentant ses condoléances aux togolais le 9 janvier à Cabinda, le président Hayatou avait laissé entendre qu’il comprendrait la décision de retrait du Togo. Ce qui rend encore difficile la compréhension de la logique de la confédération. « Deux morts, deux CAN. Et s’il y avait eu 10 morts le Togo aurait-il été suspendu pour 10 CAN ? », s’interrogeait, avec un brin d’ironie, Claude Leroy à la fin de la finale du dimanche dernier. Pour ce grand entraîneur, la décision de la CAF est « absurde ».
Et la dimension humaine ?
Il n’est d’ailleurs pas le seul à le penser. Le capitaine des Eperviers est, aussitôt la sanction tombée, est sorti de ses gongs pour traiter le président de la CAF « d’irresponsable » et la décision, « cynique ». Même si on peut trouver Adebayor dur et le ton peu courtois, on peut aussi comprendre son amertume et surtout sa déception. Echapper à des balles de kalachnikov, perdre deux membres du staff, avoir des amis blessés grièvement et se voir infliger une suspension pour deux CAN, il y a de quoi faire « péter » les plombs à quelqu’un.
Il est clair que la CAF n’a pas inventé la sanction infligée au Togo. Il est même certain que les textes de la confédération prévoient que toute équipe qui se retire moins d’un mois d’une compétition encourt une suspension de deux CAN. Il est également inadmissible que la CAF accepte l’immixtion du politique dans le football, mais les circonstances du Togo devaient amener la CAF à faire une autre analyse. Même si pour Hayatou, « il n’y a pas de circonstances atténuantes ».
D’abord parce que les Togolais, même s’ils ont préféré prendre la route, n’ont en rien provoqué l’accident qui leur est arrivé. Ils n’ont pas demandé à être mitraillés par le FLEC, tout comme ils n’auraient jamais souhaité la mort de deux des leurs (le chargé de communication Stanislas Ocloo et l'entraîneur-adjoint Abalo Amélété). Loin d’être coupable, cette équipe est bien la victime.
Et ensuite, les joueurs togolais, quelques jours après le drame, ont décidé de jouer. Mais, ils ont été confrontés à une autre réalité. Les autorités de Lomé ne voulaient rien entendre et ont obligé l’équipe à rentrer. Les Eperviers, ne pouvant pas s’affranchir de leur drapeau pour disputer une compétition que le pays, a décidé de boycotter sont donc raisonnablement rentré à Lomé.
LA CAF n’a malheureusement pas perçu cet effort et a mécaniquement sanctionné le Togo. La loi est certes la loi mais elle est faite par les hommes et pour les hommes. Mais quel pays au monde n’aurait-il pas rappelé son équipe dans ces conditions ? Quand des Ambassadeurs que sont les joueurs se font tirer dessus, quand deux membres d’une délégation officielle sont abattus par des terroristes et que dans le même temps la CAF, organisateur principal de l’événement, balbutie face à cette agression et sert de la morve, peu de pays aurait laissé leurs compatriotes, fussent-ils journalistes, continuer cette aventure. Ici la différence entre le sportif et le politique est tellement mince qu’elle est presqu’inexistante. C’est certainement ce qui a manqué dans la vision de la CAF qui s’est arc-bouté à l’application machinale et mécanique de ses textes.
Toute chose que Lomé refuse et réfute. D’ailleurs, les autorités togolaises se sont dites indignées par cette décision et ont surtout fait appel de cette décision. Jusqu’où ira cette affaire ? Tout le monde s’interroge.
Koné Lassiné, envoyé spécial à Cabinda
A lire demain : la réaction de la presse mondiale