Jeudi 02 Septembre 2010
   Editorial    Publié le: 19/04/2009
Le bâtisseur et le politicien
Un livre qui tombe à pic. Dans cette Afrique en transition entre l’ère des « Pères de la Nation », celle des Présidents issus des révolutions et des coups d’Etat et une autre, plus proche de nous, de chefs d’Etat de l’après-Baule, les consciences déchantent. L’Afrique est partagée entre deux types de leaders. D’un côté, il y a ceux qui mettent en œuvre différents programmes pour sortir leur pays de l’ornière et de l’autre, les champions de la théorie et de la mystification.
L’ambassadeur Kanga Ballou a tenté, dans un livre, de croquer cette évidence. Il a publié, récemment, « Les bâtisseurs et les politiciens». Le diplomate a campé dans son ouvrage deux philosophies de la gestion des affaires en Afrique. Sa caricature convient parfaitement au microcosme politique ivoirien. Il est aisé, en effet, d’emprunter au diplomate, son image pour définir la réalité politique ivoirienne depuis que les lignes de démarcation se font jour. Chacun en ce qui le concerne, Alassane Dramane Ouattara, l’ancien Premier ministre et le chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, tous deux candidats déclarés à la présidentielle, symbolisent ces deux philosophies de la politique. L’un œuvre pour la sortie de crise et l’autre se complait dans une situation confuse qui lui permet de perpétuer un régime de prévarication au profit de ses proches, nouveaux bourgeois.
Alassane Ouattara aime profondément son pays. Du troisième Congrès ordinaire à la Convention nationale de son parti à Yamoussoukro au cours de laquelle il a eu l’occasion de dévoiler les grandes articulations de son Programme de gouvernement, l’ancien Directeur général adjoint du Fonds monétaire international a donné l’image d’un patriote. Un homme de tolérance, un homme ouvert, un homme qui pardonne à ceux qui lui ont fait du tort et qui demande pardon à ceux qu’il a pu froisser dans son parcours politique. « Je suis comme Mandela », avait-il dit. Loin de l’émotion que cette assertion aurait pu faire naître, il fallait lire dans le fond, l’expression enthousiaste d’un leader qui croit fermement aux vertus de la politique telle que défendue par l’ex-pensionnaire de la prison de Robben Island. Liant l’acte à la parole, le candidat du RDR a entrepris de faire la politique autrement. Il veut ramener l’ensemble de la classe politique à privilégier l’action au verbe. Evidemment, pour lui, il faut ramener la politique à ce qu’elle ne devrait jamais cesser d’être : le devoir, le don de soi, la loyauté et le courage.
Alassane Ouattara est un bâtisseur au sens que le conçoit l’écrivain Kanga Ballou. Ce ne sont pas que des mots. Les faits sont là pour l’attester. Président d’un Comité Interministériel de Coordination du Programme de Stabilisation et de Relance Economique et Premier ministre du Président Houphouët-Boigny, il a été pendant trois ans au cœur de l’exécutif ivoirien. Ces trois années (1990-1993) dans la gouvernance du régime PDCI-RDA ont été particulièrement marquées par un changement radical de la gestion. Rigueur budgétaire, redressement fiscal, réduction de train de vie de l’Etat, lutte contre le chômage et la pauvreté, assainissement des finances publiques, mise en œuvre des réformes nécessaires pour le retour à la croissance et à la prospérité, poursuite de la modernisation des structures de l’Etat, sont autant d’axes autour desquels s’est fondée la gestion de l’équipe d’Alassane Ouattara.
Toutes ses tâches ayant été menées à bien, le Premier ministre s’est attelé à préparer la dévaluation du franc CFA. Grâce à lui, la Côte d’Ivoire est le pays qui a le plus profité de cette dévaluation. Au plan moral, le Premier ministre avait laissé sa marque. Avec Alassane Ouattara, la Côte d’Ivoire était au travail. Lui-même, inspirateur de la politique de relance et de redressement, était pointé à 7h30 à son poste pendant l’ouverture des bureaux. De 1990 à 1993, le racket, la corruption et les dessous de table étaient l’exception. La règle étant la bonne gestion des affaires publiques.
Face à lui, Alassane Ouattara a un adversaire, Laurent Gbagbo pour qui, la politique est tout autre chose. Une voie toute faite pour se faire de l’argent et servir son clan. Prenant à rebrousse-poil la philosophie de l’homme politique Djéni Kobina, Gbagbo pense que la politique est comme “une sorte de mêlée de rugby dans laquelle chacun salit et se salit” et que “le pouvoir se conquiert dans le sang, dans la sueur et dans la boue”. C’est cette philosophie politique qui le pousse à faire fi de toute éthique et des principes de la démocratie dans sa façon de gérer la Côte d’Ivoire. Avec lui, la vie et le bien public n’ont de sens que lorsqu’ils sont dans la ligne des intérêts du clan. Depuis son arrivée à la tête de l’Etat, plus de trois mille Ivoiriens ont été tués par les forces de l’ordre sous son commandement. Depuis octobre 2002, plusieurs milliers de milliards de francs CFA ont été pompés des caisses publiques sans que la justice ne s’en émeuve. Gbagbo passe son temps à parler, à privilégier le verbe à l’action. Un politicien au sens trivial du terme. L’Afrique qui ambitionne répondre aux défis du millénaire a désormais compris qu’entre la théorie et le pragmatisme, il fallait faire un choix. Le politicien et le bâtisseur auront dans quelques mois l’occasion de proposer au peuple leur solution pour sortir le pays du gouffre du désespoir. En ce moment là, les électeurs ivoiriens n’auront pas l’embarras du choix. Entre le bâtisseur et le politicien, le choix s’impose de lui-même.
PAR CHARLES SANGA


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